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TC, n° 3963, 13 octobre 2014, Axa France IARD c/ MAIF

TC, n° 3963, 13 octobre 2014, Axa France IARD c/ MAIF - Publié au recueil Lebon

www.legifrance.gouv.fr/affichJuriAdmin.do?idTexte=CETATEXT000029778703 

Tribunal des Conflits

N° C3963

Publié au recueil Lebon

M. Arrighi de Casanova, président

M. Alain Ménéménis, rapporteur

M. Desportes, commissaire du gouvernement

lecture du lundi 13 octobre 2014

REPUBLIQUE FRANCAISE AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

Vu, enregistrée à son secrétariat le 28 avril 2014, l’expédition du jugement du

12 février 2014 par lequel le tribunal administratif de Melun, saisi d’une demande de la société Axa France IARD faisant suite au renvoi préjudiciel ordonné le 1er juin 2010 par la cour d’appel de Paris et tendant à titre principal à ce qu’il juge que le contrat conclu le 5 octobre 2005 entre la commune de Joinville-le-Pont et l’association Aviron Marne et Joinville était un contrat de droit privé, a renvoyé au Tribunal, par application de l’article 34 du décret du 26 octobre 1849 modifié, le soin de décider sur la question de compétence ;

Vu l’arrêt du 1er juin 2010 par lequel la cour d’appel de Paris a dit qu’il appartenait à la société Axa France IARD de saisir la juridiction administrative pour déterminer les responsabilités dans l’incendie qui a détruit le bâtiment objet du contrat conclu entre la commune de Joinville-le-Pont et l’association Aviron Marne et Joinville et a sursis à statuer sur l’action directe engagée par la société Axa France IARD, assureur de la commune, contre la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France, assureur de l’association ;

Vu l’arrêt du 16 mai 2012, par lequel la Cour de cassation a rejeté le pourvoi de la société Axa France IARD contre l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 1er juin 2010 visé ci-dessus ;

Vu, enregistrées le 30 juin 2014, les observations présentées pour la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France tendant à ce que le juge administratif soit déclaré compétent au motif que le contrat conclu entre la ville et l’association est un contrat administratif ;

Vu, enregistrées le 29 juillet 2014, les observations présentées par la SCP D. Célice, F. Blancpain, B. Soltner pour la SA AXA France IARD, tendant à ce que le juge judiciaire soit déclaré compétent au motif que le contrat en cause n’est pas un contrat administratif ;

Vu, enregistrées le 2 septembre 2014, les observations rectificatives présentées par la SCP D. Célice, F. Blancpain, B. Soltner pour la société Axa-France IARD ;

Vu les pièces desquelles il résulte que la saisine du Tribunal des conflits a été notifiée au ministre de l’intérieur, qui n’a pas produit de mémoire ;

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la loi des 16-24 août 1790 et le décret du 16 fructidor an III ;

Vu la loi du 24 mai 1872 ;

Vu le décret du 26 octobre 1849 modifié ;

Vu le code civil ;

Vu le code général des collectivités territoriales ;

Vu le code général de la propriété des personnes publiques ;

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de M. Alain Ménéménis, membre du Tribunal,

- les observations de la SCP F. Rocheteau, C. Uzan-Sarano pour la SA Mutuelle Assurance des instituteurs de France (MAIF),

- les conclusions de M. Frédéric Desportes, commissaire du gouvernement ;

Considérant que la commune de Joinville-le-Pont et l’association Aviron Marne et Joinville ont conclu, le 5 octobre 2005, un contrat par lequel la commune a donné à bail à l’association, pour une durée de soixante-dix neuf ans et un loyer d’un euro, un ensemble immobilier destiné à la pratique de l’aviron, dont elle est propriétaire et sur lequel elle s’est engagée à réaliser différents travaux de réhabilitation ; que ce contrat emportait résiliation d’un contrat conclu en 1988, dont l’objet était comparable ; qu’un incendie a détruit, le 25 octobre 2005, le bâtiment objet du contrat ; qu’après avoir versé à la commune une somme de plus de quatre millions d’euros, la société Axa France IARD, assureur de la commune, subrogée dans les droits de celle-ci, a engagé une action directe contre la Mutuelle Assurance des Instituteurs de France (MAIF), assureur de l’association ; que, par une ordonnance du 9 octobre 2008, le juge de la mise en état du tribunal de grande instance de Créteil a rejeté l’exception d’incompétence soulevée par la MAIF ; que, par un arrêt du 1er juin 2010, la cour d’appel de Paris, après avoir déclaré la juridiction judiciaire compétente pour statuer sur l’action directe engagée par la société Axa France IARD, a dit qu’il appartenait à cette société de saisir la juridiction administrative pour “ faire déterminer les responsabilités dans l’incendie “ et a sursis à statuer sur l’action directe ; que le pourvoi formé par la société Axa France IARD contre cet arrêt a été rejeté par une décision de la Cour de cassation du 16 mai 2012 ; que, saisi par la société Axa France IARD, le tribunal administratif de Melun, estimant, contrairement à la cour d’appel de Paris, que le contrat en cause n’était pas un contrat administratif, a, par un jugement du 12 février 2014, renvoyé au Tribunal le soin de décider sur la question de compétence ;

Considérant, en premier lieu, que si l’ensemble immobilier donné à bail par la commune de Joinville-le-Pont a été spécialement aménagé pour la pratique d’activités sportives, il ne résulte pas de cette seule circonstance qu’il appartiendrait au domaine public de la commune, une telle appartenance étant en outre subordonnée à la condition que le bien en cause soit affecté à l’usage direct du public ou à un service public ;

Considérant, d’une part, que l’ensemble immobilier en cause, dont l’utilisation est réservée aux membres de l’association Aviron Marne et Joinville, n’est pas affecté à l’usage direct du public ;

Considérant, d’autre part, que si l’association Aviron Marne et Joinville a une activité d’intérêt général, elle ne peut être regardée, eu égard à ses modalités d’organisation et de fonctionnement, notamment à l’absence de tout contrôle de la commune et de toute définition par celle-ci d’obligations particulières auxquelles elle serait soumise, comme chargée d’une mission de service public ; que, par ailleurs, alors même que la pratique de l’aviron revêt une importance particulière à Joinville-le-Pont et que l’association bénéficie, notamment dans le cadre du contrat en cause, d’aides importantes de la part de la commune, celle-ci ne saurait être regardée, en l’absence de tout droit de regard sur l’organisation de l’association, comme ayant entendu reconnaître le caractère de service public de l’activité de l’association ; qu’ainsi l’activité exercée par l’association dans l’ensemble immobilier en cause ne constitue ni une activité de service public qui lui aurait été confiée par la commune ni une activité à laquelle la commune aurait entendu reconnaître un tel caractère ;

Considérant qu’il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que l’ensemble immobilier donné à bail par le contrat litigieux ne peut être regardé comme appartenant au domaine public de la commune ; qu’ainsi, le contrat conclu entre la commune de Joinville-le-Pont et l’association Aviron Marne et Joinville n’a pas pour objet d’autoriser l’occupation du domaine public communal et ne peut être qualifié de contrat administratif par détermination de l’article L. 2331-1 du code général de la propriété des personnes publiques ;

Considérant, en deuxième lieu, que le contrat litigieux ne confère aucun droit réel à l’association sur le bien mis à sa disposition ; qu’il résulte de ce qui a été dit ci-dessus qu’il n’a pas été conclu en vue de l’accomplissement, pour le compte de la commune, d’une mission de service public ; que l’association se bornant à utiliser le bien mis à sa disposition afin que ses adhérents pratiquent l’aviron et les investissements à réaliser étant exclusivement à la charge de la commune, le contrat ne peut davantage être regardé comme ayant été conclu en vue de la réalisation d’une opération d’intérêt général relevant de la compétence de la commune ; qu’ainsi, ce contrat n’a pas le caractère d’un bail emphytéotique administratif conclu en application des dispositions des articles L. 1311-2 et suivants du code général des collectivités territoriales et n’est pas, par détermination de ces dispositions législatives, un contrat administratif ;

Considérant, en troisième lieu, que le contrat litigieux ne comporte aucune clause qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l’exécution du contrat, implique, dans l’intérêt général, qu’il relève du régime exorbitant des contrats administratifs ;

Considérant qu’il résulte de tout ce qui précède que le contrat conclu le 5 octobre 2005 par la commune de Joinville-le-Pont et l’association Aviron Marne et Joinville n’est pas un contrat administratif ; que la juridiction judiciaire est dès lors compétente pour déterminer qui doit répondre de l’incendie survenu le 25 octobre 2005 ;

DECIDE :

Article 1er : La juridiction de l’ordre judiciaire est compétente pour déterminer, dans le litige opposant la société Axa France IARD à la MAIF, qui doit répondre de l’incendie survenu le 25 octobre 2005.

Article 2 : L’arrêt de la cour d’appel de Paris du 1er juin 2010 est déclaré nul et non avenu en tant qu’il a sursis à statuer sur l’action directe engagée par la société Axa France IARD contre la MAIF jusqu’à ce que la juridiction administrative ait déterminé qui devait répondre de l’incendie mentionné ci-dessus .

Article 3 : La procédure suivie devant le tribunal administratif de Melun est déclarée nulle et non avenue, à l’exception du jugement qu’il a rendu le 12 février 2014.

Article 4 : La présente décision sera notifiée à la société Axa France IARD, à la MAIF et au garde des sceaux, ministre de la justice.

MAJ 30/11/14 - Source legifrance

Jurisprudence

TC, 12 février 2018, n° 4109, SCP Ravisse, mandataire liquidateur judiciaire de la SARL The Congres House c/ Commune de Saint-Esprit (Clause exorbitante de droit commun et application aux prérogatives d’une commune qui pouvait intervenir de façon significative dans l’activité d’une société. Application de la décision TC, n° 3963, 13 octobre 2014, Axa France IARD c/ MAIF). 

Conseil d'État, 5 février 2018, n° 414846, CNES - Clauses exorbitantes de droit commun (Application de la définition de la clause exorbitante de droit commun (TC, n° 3963, 13 octobre 2014, Axa France IARD c/ MAIF) selon laquelle un contrat conclu avec une personne publique présente un caractère administratif lorsqu'il comporte une ou plusieurs clauses qui, notamment par les prérogatives reconnues à la personne publique contractante dans l'exécution du contrat, impliquent, dans l'intérêt général, qu'il relève du régime exorbitant des contrats administratifs).

Conseil d’Etat, 31 juillet 1912, n° 30701, Société des granits porphyroïdes des Vosges (La juridiction administrative n'est pas compétente pour des contrats ne comportant pas de clause exorbitante).

TC, 5 juillet 1999, Union des Groupements d'Achats Publics - UGAP, n° 03167

Auteur du site Internet

  • Frédéric MAKOWSKI - Consultant en marchés publics d'informatique pour les collectivités et administrations
  • Formateur intervenant au CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale)
  • Master 2 Professionnel "Droit des contrats publics" Université de Nancy - Ingénieur ENSEA

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